Les droits de l’homme contre la démocratie
Le 11 juillet dernier, la Ligue des droits de l’homme a remporté une nouvelle victoire dans son combat contre « l’islamophobie » et les « discriminations » en contraignant, par l’intermédiaire du tribunal administratif de Marseille, la mairie de Carry-Le-Rouet à renoncer à l’interdiction du port du burkini sur les plages de sa commune.
Depuis sa création en 2004 par une styliste australienne d’origine libanaise, ce maillot de bain islamique a été l’objet d’une véritable saga politico-judiciaire dans le monde et principalement en France.
Une dizaine d’années plus tôt, le 11 mai 2016, le maire de Cannes a prohibé le port de ce costume de bain sur les plages de sa ville. Trente-six maires de villes côtières ont suivi son exemple.
La LDH et le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France, dissout et interdit sur le territoire français en 2020) ont systématiquement déposé des recours contre ces arrêtés municipaux. Certains de ces recours ont été rejetés. Loin de désarmer, la LDH et le CCIF se sont retournés vers le Conseil d’État qui a annulé l’arrêté de Villeneuve-Loubet en estimant qu’il « portait une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que sont la liberté d’aller et venir, la liberté de conscience et la liberté personnelle. »
Le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, avait apporté, de manière très claire, son soutien aux maires qui avaient pris la décision d’interdire le burkini. Mais il avait renoncé à choisir la voie législative pour inscrire l’interdiction du burkini dans la loi.
Depuis, les maires ont battu en retraite. L’épisode de la mairie de Carry-Le-Rouet est comme un ultime soubresaut d’un combattant qui rend son dernier souffle. Rapidement étouffé par la LDH et le tribunal administratif de Marseille.
Sans le secours de son ancien partenaire, le CCIF, dans sa lutte contre « l’islamophobie », la LDH a planté le dernier clou dans le cercueil de l’autorité politique et de la responsabilité des maires élus démocratiquement.
La Ligue des Droits de l’Homme, vénérable institution fondée en 1898 au moment de l’Affaire Dreyfus se définit ainsi :
« La Ligue des droits de l’Homme est un acteur civique libre et indépendant des partis politiques, des syndicats et des associations. Elle se revendique comme citoyenne, impliquée dans la vie politique, elle participe à ses débats. Elle combat les injustices, le racisme, le sexisme, l’antisémitisme et les discriminations de tous ordres. Elle s’intéresse à la citoyenneté sociale et propose des mesures pour une démocratie forte et vivante, en France et en Europe. Elle défend la laïcité contre les instrumentalisations xénophobes, les libertés, l’égalité des droits et la fraternité comme fondement d’une société fraternelle et, donc, solidaire. »
On ne peut que s’incliner devant tant d’ambition et de vertu. La consultation de son site nous permet de constater qu’elle mène depuis plus d’un siècle une réflexion très approfondie sur les droits de l’homme et s’appuie sur des textes fondateurs dont la liste n’est manifestement pas close et qui sont au nombre de cinquante-trois. Par ailleurs, dans leur lutte contre les « discriminations », la Ldh reconnaît elle-même que sa liste de critères devient trop longue et risque de diluer le droit des « discriminations ».
Bref, la Sidh dont les ambitions sont plus modestes rappelle fraternellement à ses illustres camarades que les Romains précurseurs de notre droit avaient entre autres principes fondamentaux, la stabilité juridique et avertissaient qu’un excès de droit avait pour conséquence un excès d’injustice, « summum jus, summa injuria ».
L’empilement des droits contrevient radicalement à la stabilité juridique et affaiblit l’esprit des lois.
La Sidh comprend mieux alors pourquoi la Ldh en est arrivée à se compromettre en s’associant au CCIF et à légitimer ainsi le concept d’« islamophobie ».
La Sidh, quant à elle, a un seul texte fondateur, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, et à ce titre considère que même si l’affichage de vêtements islamiques dans l’espace public peut apparaître comme une manifestation pacifique de l’islam, il n’en est pas moins un affichage politique dans la mesure où il prend place dans la cité, peu à peu, plus ou moins lentement, mais sûrement. Il s’agit donc d’un islam politique tandis que le terrorisme islamiste, quant à lui, en est la manifestation guerrière.
En décembre 2009, Umayma Hassan Ahmed Muhammad Hassan, femme d’Al Zarqawi, numéro 2 d’al-Qaïda, s’était adressée aux femmes en leur livrant son avis sur leur participation au jihad. Dans un document intitulé « Lettre aux sœurs musulmanes », elle appelait explicitement les femmes à rejoindre les rangs de l’organisation terroriste et à soutenir ses combattants. En mobilisant de nombreuses références coraniques et historiques, elle rappelait les obligations des femmes musulmanes en insistant particulièrement sur le port du voile :
« Tout d’abord, je les appelle à adhérer à toutes les règles de l’islam, car en ces règles résident le bonheur du monde et la victoire dans l’ici-bas, spécialement l’adhésion au port du voile, car c’est le signe de la femme musulmane qui est obéissante à son Seigneur. En délaissant le voile, elle obéit à Satan. Et comme vous le savez, ô sœurs musulmanes, la campagne contre le voile est l’une des guerres les plus féroces entre l’islam et les infidèles. Ces criminels veulent que la femme se débarrasse de sa religion, espérant qu’en quittant son costume et sa couverture elle abandonne ainsi le reste de sa religion. C’est pourquoi les femmes musulmanes doivent prendre soin de ce bien précieux. »
La Sidh considère que l’islam politique bafoue l’esprit de l’article 1 de la déclaration de 1789.
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune »
Comment la LDH, qui prétend combattre le sexisme, peut-elle soutenir des militantes du port d’un costume qui a fonction de désigner publiquement les femmes comme des êtres inférieurs et enfermés dans un statut d’inégalité par rapport aux hommes ?
Comment une association au passé aussi estimable peut-elle se contenter de fonder son action sur un terme aussi imprécis que celui de « discrimination », même s’il s’est imposé dans le droit et la pensée collective. Discriminer, c’est d’abord discerner, voir en distinguant. Ce terme est utilisé de manière tellement absurde qu’on en a fait un synonyme de racisme. Puis, de mal en pis, on en est arrivé à parler de discrimination positive, en somme de racisme positif. Le principe de contradiction est ici aboli, la raison est devenue déraison.
En s’attaquant aux maires démocratiquement élus qui souhaitaient faire cesser l’offense faite aux mœurs françaises, la LDH, avec le soutien du Conseil d’État, dévoie et galvaude les principes si simples et si clairs énoncés dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 au point qu’un nombre croissant de Français haussent les épaules en entendant évoquer les droits de l’homme et sont près de s’en détourner et de jeter, comme on dit, le bébé avec l’eau du bain.
Patrice Champion
Président de Sidh France